dimanche, 20 avril 2008

Le retour

Chers Amis,

 
Vous vous demandez peut-être ce que je deviens (cela fait toujours plaisir de le croire !) et si les élections dernières ou la retraite ne m'ont pas porté un coup fatal !
 
Il n'en est rien, j'incubais seulement en digérant des informations diverses qui m'inquiétaient, comme j'imagine qu'elles vous inquiètent (désolé si ce n'était pas le cas, le réveil va être douloureux !)
 
Dans la suite de mon message, je me suis appuyé sur de nombreux auteurs et groupes d'études, je ne les ai pas cités, mais si vous souhaitez savoir où trouver ces informations, je peux vous envoyer des liens.
 
Je suis parti de quelques faits simples qui donnent des ordres de grandeur, pour arriver à la partie difficile ensuite sans que vous ayez (trop) le vertige.
 
Bonne lecture, comme d'habitude vos remarques m'aideront à aller plus loin.
 
Amitiés
Jean
 
Allons-y !
 
La mesure sur les droits de succession coûtera à l’État autour de 3 milliards d’euros,
    alors que les mesures préconisées par Martin Hirsch en faveur des plus démunis s’élèvent à 25 millions d’euros.
    Pour ceux qui ne sont pas familiers des grands nombres, cela signifie que ne pas donner aux riches un cadeau de 3 milliards d'euros
    aurait permis de financer 120 fois les mesures de Martin Hirsch. 
 
Une étude de juin 2007 de Camille Landais et de Thomas Piketty (http://www.jourdan.ens.fr/~clandais/documents/htrev.pdf) montre
    une stagnation des revenus moyens déclarés (+ 0,82% en moyenne annuelle)
        et des revenus médians (+ 0,6% en moyenne annuelle) :
        en 2005, le revenu des 90% des foyers les moins riches n’est même pas supérieur de 5% à ce qu’il était en 1998.
    En revanche, au sein des 5% des foyers les plus riches, les revenus déclarés ont augmenté de 11% depuis 1998 ;
        au sein des 1% des foyers les plus riches, ils ont augmenté de 19% ;
        au sein des 0,1% les plus riches de 32%,
        et au sein des 0,01% de près de 43%.
    Là où le salaire moyen des 90% de foyers les moins riches stagne avec une croissance de 4% sur 8 ans,
    le salaire moyen des 0,1% et 0,01% des salariés les mieux payés augmente respectivement de 29 et 41%.
 
C'est probablement la faute à Mai 68...
C'est en tout cas la raison pour laquelle nous nous enfonçons de plus en plus vite dans la crise.
 
Crise néolibérale,
    préparée de longue date par les théoriciens (Hayeck, gourou de Thatcher)
    et par les décisions de ceux
    qui ne connaissent que la fuite en avant de l'enrichissement (réel ou virtuel) maximum.
 
Pour ceux qui veulent comprendre pourquoi la crise va frapper durement les USA en 2008,
    et nous atteindre aussi dans la zone euro,
il faut revenir sur les grandes dates des décisions politiquement délibérées qui l'ont préparée.
 
1944 Accords de Bretton Woods, abandon de l'étalon-or mais parité fixe du dollar par rapport à l'or
    Début des Trente glorieuses,
    qui se terminent par la guerre du VietNam
    que les USA veulent faire payer au monde entier, d'où
1971 Suppression par Nixon de la parité du dollar par rapport à l'or
    (le dollar "flotte" comme les autres monnaies,
    sauf que la Réserve fédérale a le droit de faire tourner la planche à billets, quand elle le veut,
    manipulant ainsi la valeur du dollar en fonction des intérêts US)
1976 Système des changes flottants officialisé dans le monde entier (la spéculation sur les monnaies comme des marchandises va fonctionner sans limites)
1982 Libération totale de la circulation des capitaux par le G7 de Versailles (Reagan, Thatcher, Mitterrand)
    Et l'argent sale, maffieux, va circuler librement entre les paradis fiscaux qui se développent simultanément.
    Les paradis fiscaux, l'Europe les aime : 8 ou 9 fonctionnent chez elle ou à ses portes sans que rien d'efficace ne soit fait contre eux.
1992 Traité de Maastricht (article 104) qui interdit aux états et aux entreprises publiques de toute la zone euro d'emprunter de l'argent à la BCE
    et d'avoir un déficit public supérieur à 3 % de leur PIB,
    (ils doivent emprunter de l'argent par l'intermédiaire des banques privées qui, elles, ont le droit de le faire auprès de la BCE...)
    Par exemple la Banque postale, succédant aux CCP, paraît une opération neutre... mais elle va dans le même sens :
    les dépôts aux CCP étaient utilisés par l'état pour boucler les fins de mois (gratuitement),
    cela lui est désormais interdit, il doit emprunter sur le marché bancaire.
    L'explosion des dettes publiques devient vertigineuse (exponentielle, chaque euro dépensé comporte un pourcentage d'intérêt de plus en plus fort) dans toute la zone euro.
    Ce sont les banques privées qui créent la monnaie sans contrôle (prêts et titrisation de leurs dettes sur les marchés dérivés, MATIF par exemple, créé en 1986 par Bérégovoy : marché des produits dérivés ouvert aux "institutionnels" ).
Mais aux USA, en plus de ce même mécanisme d'endettement au profit des banques privées,
    les banques ont prêté à des entreprises ou à des personnes insolvables :
        la monnaie créée devient de la fausse monnaie, qui chasse la bonne.
    Les banques ont titrisé ces dettes et les ont vendues aux autres banques ou à des fonds spéculatifs...
        plus personne ne sait exactement qui détient ces dettes,
        qui se découvrent peu à peu au fur et à mesure du solde des comptes.
Les estimations des experts sont que l'économie financière "virtuelle" que les USA ont lancé
    (grâce aux "innovations comptables et financières", qui ont conduit aux divers scandales Enron et compagnie)
    représente aujourd'hui 1000 (mille) fois l'économie réelle (valeurs patrimoniales, industrielles et commerciales) du monde entier.
Parmi ces sommes virtuelles qui cherchent désormais à s'incarner (dans des valeurs refuges, or, diamant, pétrole, blé, maïs...)
    provoquant au passage des bulles spéculatives
    qui se dégonflent périodiquement (internet, immobilier, bons du Trésor US, etc.)
    il y aurait 10.000 (dix-mille) milliards de dollars de titres dont la valeur serait proche de zéro.
    Les emprunts russes de la grande époque (50 milliards de dollars 1996, environ) sont une bagatelle à côté de ces titres US.
Les valeurs refuges étant insuffisantes (les sommes à protéger sont énormes),
    seule (peut-être pas, si les crises sociales induites deviennent violentes) une inflation forte pourra neutraliser ces valeurs virtuelles.
Les prévisions, à partir de 2008, sont 5 % annuels en zone euro,
    10 % aux USA et 20 % en Chine,
    mais hyperinflation dans les pays émergents, le Zimbabwe ne sera plus le seul pays à connaître 1000 %  (mille pourcents) d'inflation mensuelle...
    sous la pression des crises énergétiques, alimentaires et sanitaires.
 
Que peut-on faire pour limiter la casse ?
C'est-à-dire : faire en sorte que le pouvoir d'achat de tous les salariés du monde entier ne baisse pas brutalement dès la fin de cette année 2008.
La première solution proposée par les économistes est de bloquer la libre circulation des capitaux,
    pour éviter les effets dominos entre pays et zones économiques
    et les transferts opportunistes des dettes d'un pays fort vers les plus faibles.
    (cf. la pétition : http://www.stop-finance.org/Speculation-et-crises-ca-suff...)
Mais il y a plus à faire :
    * élargir les propriétés collectives publiques (conserver celles qui le sont, préempter les terrains, bâtiments, moyens de production qui seront à vendre) ;
    * développer et démocratiser les services publics à tous les échelons territoriaux (retour à la péréquation tarifaire pour permettre un aménagement harmonieux des territoires et sortir des concurrences mortifères actuelles).
        Il est clair que nous n'acceptons pas l'annonce de Fillon, le 10 octobre 2007 :
            "La réforme de l’État supposera que chacun d’entre nous accepte qu’il y ait moins de services, moins de personnel, moins d’État sur son territoire." ;
            cf. la pétition : http://service-public-notre-richesse.fr/
    * soutenir les entreprises publiques et coopératives, et élargir leur champ d'action en les démocratisant (intervention des usagers et des salariés) ;
    * élargir les mécanismes de solidarité par répartition :
       - retraites par répartition pour tous (conversion des retraites par capitalisation vers les régimes par répartition)
       - sécurité sociale pour tous à 100 % (réunification de la Sécu avec les mutuelles, pour la part où elles complémentent les remboursements de la Sécu)
       - chômage dû à tous ceux qui veulent travailler et à qui la collectivité publique ne trouve pas d'emploi (droit constitutionnel)
       - logement social, droit opposable désormais, financé par l'épargne populaire, Livret A et autres instruments collectifs
       - investissements publics de production ou culturels financés par un prélèvement proportionnel sur les salaires
    * rendre aux salariés la gestion démocratique des organismes gérant la répartition des sommes recueillies pour la solidarité
        (ils sont 92 % de la population active
        et c'est leur salaire différé, socialisé, qui fournit l'essentiel de ces sommes)
    * augmenter les salaires en prenant réellement en compte
        - le temps de travail (des cadres par exemple)
        - les qualifications acquises par chaque salarié au cours de sa carrière (qualification personnelle qui doit être reconnue même s'il change d'emploi ou d'entreprise)
        - et salaire pour les étudiants, dès l'âge de 18 ans.
Ainsi, les coups, amplifiés par les politiques néolibérales, que le capitalisme réserve aux salariés pourraient être amortis,
mais pas seulement de manière défensive,
car si l'on regarde bien ces mesures,
toute la part socialisée des salaires, tous les services publics, toutes les entreprises publiques, tout le patrimoine public,
constituent autant de moyens que le capitalisme n'a plus à sa disposition.
 
Bien entendu ces pistes de travail ne sont pas complètes, il faut y associer :
    * un déploiement de la démocratie de proximité (avec son paradoxe que, localement, il faut pouvoir décider de tout ce qui nous concerne, quel qu'en soit le niveau de généralité -global-, vaste programme)
    * un développement de la sécurité alimentaire et énergétique pour chaque territoire (indépendance, coopération, solidarité)
    * un développement tenant compte de l'évolution de la planète habitée par 9 milliards d'humains dans quelques années
    * un développement intense des recherches et de la formation (initiale et professionnelle, permanente)
 
En résumé, nous sommes dans une période prérévolutionnaire,
    pas en France ou en Europe ou dans telle ou telle région du monde,
    mais dans le monde entier.
Quelles sont les institutions internationales qui peuvent résister à la tourmente ?
    Banque mondiale, FMI, OMC vont être disqualifiés puisqu'ils sont les instruments de cette politique néolibérale
    (comme les fermiers généraux l'étaient dans l'Ancien régime).
    Il reste l'ONU qui aura la charge de "mondialiser" les ressources énergétiques et alimentaires
    et créer une police mondiale pour les protéger et les répartir.
Ce ne sera pas une époque facile... notre résistance sera-t-elle à la hauteur des enjeux ?

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