mardi, 01 janvier 2008
Lettre à ....
Lettre à Marjorie, Nadja et beaucoup d’autres
Je reste Communiste, je ne quitte pas le Parti
Chères Marjo et Nad,
Vous m’avez transmis ces derniers jours la lettre de Michel Le Déan aux camarades de la section de St Nazaire « je quitte le PCF, je reste Communiste » ;
Elle est émouvante et très intéressante. Je partage toute son analyse et me retrouve beaucoup dans ses expériences mais je n’arrive pas à sa conclusion :
« Une structure obsolète ne peut pas se réformer et encore moins se dépasser de l’intérieur »
L’histoire du communisme n’a pas commencé en 1917. Elle s’écrit depuis des siècles avec des avancées et des reculs. Le PCF depuis 1920 en a écrit de sacrées pages. Nous en avons traversé des périodes noires d’interdiction, de clandestinité, de censure, les militants torturés, déchus, traqués, discriminés, révoqués. Nous avons eu aussi des périodes de gloire, des résultats électoraux qui donnaient le vertige et aiguisaient les ambitions....
Mais, où était il écrit que cette marche était ascendante, irrésistible et triomphale ? C’est l’histoire de l’Humanité avec du sang et des larmes, avec nos défauts et nos qualités, avec nos intelligences et nos bassesses
Je sais bien qu’il n’y a aucune recette, aucun guide, ni sauveur suprême. Il nous faut sans cesse imaginer, inventer, revitaliser, rechercher, innover, sensibiliser, créer de nouvelles alternatives. Le communisme est : « le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses » disait Karl Marx.
« L’identité communiste est moins à préserver qu’à construire indéfiniment, donc à déconstruire indéfiniment » Jean-Paul Jouary ; ancien directeur de Révolution et philosophe.
Alors, bien sur, vous allez me dire, le PCF est il encore l’outil qui peut permettre ces avancées, ces alternatives ?
Qui symbolise et représente encore le communisme en France ?
Oui le communisme, car il s’agit bien aujourd’hui de remettre le débat au niveau où il faut
« Un communisme qui ne soit ni un doux rêve, toujours remis à plus tard, ni un passé fait de crimes et de désillusions, mais bien un chemin pour le dépassement du capitalisme et pour libérer les femmes et les hommes de toute domination . Une visée communiste qui sache dépasser la matrice de 1920 pour relever tous les défis sociaux, culturels, altermondialistes, féministes, écologiques et humanistes de notre temps »
Le Parti a commencé à s’atteler à ce défi et nous ne serons pas seuls. Cela ne se réglera pas par des ordres ou des magouilles, mais par un réel débat d’idées ,pour se convaincre et s’enrichir mutuellement .Nous sommes condamnés à changer de l’intérieur par ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur qui voudront s’y associer .J’ai été heureux de voir que des gens comme Emmanuel Terray anthropologue, Jacques Cossard du conseil scientifique d’ATTAC ,Jean louis Sagot Duvauroux philosophe ,non membres du parti étaient invités à l’AG extraordinaire et sont intervenus dans le débat sur l’immigration , l’économie, le communisme.
Permettez-moi à nouveau de citer Jean-Paul Jouary
« De même qu’en tant qu’individu, mon identité est forcement un effort pour changer en incluant l’autre en moi, dés les premiers jours de la vie, l’identité d’un parti communiste est forcément une remise en question de ce qu’il est, refus de rester identique à soi, inclusion de toute la créativité, que manifeste le mouvement populaire dans ses efforts pour se libérer des exploitations et dominations qui entravent l’épanouissement des capacités individuelles. Cela passe par la pleine et inlassable reconnaissance de ce que les « autres » portent de communisme en acte. Les potentialités révolutionnaires ne sont pas toujours là où on les attend et parfois fort loin de ceux qui se réclament de la révolution »
Moi-même, si je reconnais que le parti m’a beaucoup appris j’ai aussi découvert et continue de m’enrichir dans les mouvements associatifs et syndicaux, en côtoyant des militants écologiques, en discutant avec des alternatifs, des libertaires et même certains socialistes apportent leur pierre à ce mouvement.
C’est dans cet état d’esprit et je ne suis pas le seul à l’avoir dans le parti, que nous rénoverons, révolutionnerons cet outil.
Bien sur il est navrant que sur Nîmes ou ailleurs certains responsables ne soient pas sur cette longueur d’ondes. Il est regrettable qu’après la triste expérience des collectifs, certains ne cherchent pas à réconcilier les communistes sur ces idées d’ouverture et pratiquent une forme d’exclusion, se cramponnent et ne recherchent pas à améliorer notre fonctionnement démocratique.
Mais ont-ils un avenir ? Ces pratiques vont être balayées, elles ne résisteront pas au débat qui a lieu dans l’organisation actuellement. Des milliers de communistes débattent et cherchent à écrire une nouvelle page du communisme en France et dans le monde.
Ceux qui refusent de s’engager dans ce débat, qui trainent des pieds ou qui veulent l’éviter seront battus par le courant qui est en train de prendre forme. Cela prendra du temps, des énergies, des volontés, des échanges pas toujours amicaux et fraternels mais il n’y a pas d’autres voies.
De ce débat personne n’est exclu, chacun peut apporter sa contribution. A votre façon vous y contribuez, mais comment faire avancer les choses plus vite ?
En laissant se dépatouiller les rénovateurs et les identitaires, les liquidateurs et les réformateurs ? Attendre que ça se décante ?
Non, en étant dans la mêlée, au cœur des débats, des décisions, des élections, des responsabilités. En imposant par la transparence et la démocratie, la fraternité et le respect des opinions et des décisions.
Ces derniers mois j’ai eu la chance de rencontrer des jeunes indiens du Kerala avec tee short du Che qui collaient des affiches de Karl Marx sur des cocotiers, des pécheurs à Choroni au Venezuela qui constituaient une coopérative m’ont parlé du communisme et de leur parti. Hier j’ai vu les congressistes de l’ANC danser et chanter après avoir élu le secrétaire général adjoint du parti communiste dans la direction de l’ANC. Et pays des lumières, de la révolution de 89, de la Commune de Paris nous ne serions pas capables d’avoir un parti communiste à la hauteur des enjeux du 21eme siècle .Je ne pense pas que nous soyons tombé si bas même si certains rêvent de nous cantonner à 2%. Le parti de Guy Moquet et de Louis Aragon a encore un avenir, construisons le patiemment mais fermement et quelque soit le nom que nous déciderons collectivement de lui donner.
Je vous embrasse, à bientôt, à la prochaine manif de RESF, ou pour nos salaires et le pouvoir d’achat, où devant chez Lachaud pour obtenir un référendum sur le traité constitutionnel Européen, les sujets et les occasions ne manqueront pas.
Hasta siempre
Salutations fraternelles et communistes
Pietro
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