mardi, 04 décembre 2007

lettre de Jean DEAN

Cher(e) camarade

Tu seras à l’Assemblée Générale Extraordinaire des 8 et 9 décembre. J’aimerais te faire part de quelques remarques sur le ou les objectifs que pourrait viser cette assemblée qui n’est, ne l’oublions pas, qu’une étape préparatoire du 34ème congrès de décembre 2008.
...


1ère remarque.Le supplément à l’Humanité du 22 août nous invitait (les communistes individuellement, les communistes dans leur organisation) à avoir, je cite : « la volonté d’explorer toutes les pistes ». Etaient proposés 4 axes de travail. 1) Dans quelle société vivons-nous ? Que faut-il y changer ? 2) Notre projet : quelle identité, pour quel projet et quelle politique? Le communisme en question ? 3) Notre organisation. 4)  Le rassemblement et les alliances.

Je constate que la volonté d’explorer « toutes ces pistes » a été inégale, malgré l’effort accompli par notre fédération qui avait organisé trois débats et que le journal l’Humanité, en particulier, s’est progressivement laissé investir (envahir ?) par la seule question du parti, de son maintien et de sa transformation, ou de la création d’une force politique nouvelle. La dernière expression à ce sujet date de ce lundi 26 avec l’écrit d’Henri Malberg « Parce que le PCF a un avenir ».

Loin de moi l’idée de ne pas accorder l’importance qu’il convient à cette question existentielle. J’ai apprécié le compte-rendu du débat d’Argenteuil sur ce sujet (Huma du 10 novembre), ainsi que la soirée nîmoise du 16 novembre où Patrice Cohen-Séat, Roger Martelli, Daniel Cirera et Yves Dimicoli, échangeaient sur « l’avenir du PCF. Mais je crains que cette focalisation sur « l’outil » soit excessive, qu’elle devienne bientôt exclusive, alors même que le détour par l’analyse du capitalisme d’aujourd’hui, de ses caractéristiques nouvelles, et du mouvement des sociétés (aspiration, besoin, transformation des représentations) me paraît essentiel pour répondre à la question de « l’outil ». Or, il apparaît, que cela n’a été qu’esquissé. Encore une fois, ne risque-t-on pas de « mettre la charrue avant les bœufs » ?

Il me semble d’ailleurs, et je m’en réjouis, que nationalement ce risque de rétrécissement de la réflexion ait bien été perçu. Les douze débats nationaux  du 12 au 16 décembre (voir Huma du 7/11/2007) visent à définir, je cite : « un nouveau projet de civilisation solidaire et d’émancipation humaine ». J’espère qu’ils connaîtront un franc succès et que l’Huma saura en rendre compte pour l’enrichissement de la réflexion de chacun, mais je n’en suis pas certain.

Dans la perspective du Congrès de décembre 2008, ce rééquilibrage du travail ne devrait-il pas être retenu par l’assemblée Générale Extraordinaire des 8 et 9 décembre. Ne faudrait-il pas  que les participants expriment cette exigence d’un travail approfondi sur le contenu de nos propositions pour « reconstruire ensemble un nouvel espoir ». (voir supplément de l’Huma du 7/11)

 

2ème remarque.Je ne peux résister au plaisir de te communiquer des extraits d’un texte de 1957, écrit par Gisèle de Failly, l’une des fondatrices des CEMEA, avant le Congrès de Caen de ce mouvement d’éducation populaire, dans la brochure intitulée : « Quelques principes qui guident notre action ».

« Une action qui se veut profonde et efficace doit être sûre d’elle-même. Elle l’est d’autant mieux que les principes sur lesquels elle repose sont clairement exprimés.

Une action aussi vaste que la nôtre doit être unie, à travers la diversité des hommes et des femmes qui l’accomplissent. Cette unité est d’autant mieux assurée que les principes sur lesquels elle se fonde, connus de tous, ont reçu la pleine adhésion de tous et que chacun les envisage non dans l’abstrait d’une formule, mais dans leurs innombrables conséquences.

Sommes-nous capables d’expliquer aux autres, de justifier envers nous-mêmes chacune de nos positions, de nos intentions et de nos interventions, ou s’il nous arrive de douter de leur justesse ou de leur opportunité, sommes-nous en mesure de distinguer et d’analyser nos erreurs ? Le progrès ne nous est pourtant ouvert qu’à ce prix.

C’est à ce travail de réflexion sur nos mobiles, nos actes, nos buts, que nous vous convions. »  

En découlaient 7 principes qui guident l’action.

Ces lignes écrites il y a 50 ans n’ont, à mes yeux, pas pris une ride. Elles peuvent s’appliquer à une organisation comme la nôtre.

J’aspire à ce que nous puissions, durant cette année 2008, élaborer des principes qui guident notre action. C’est une des conditions pour que nous redevenions une force crédible et propulsive dans le paysage politique.

 

3ème remarque. La question de l’identité communiste est au cœur de nos réflexions.

Jean-Paul Jouary (philosophe), ancien directeur de l’hebdomadaire Révolution, en parle fort bien dans son ouvrage « Prendre la politique avec philosophie ». (La Dispute 2003)

Dans le chapitre « inclure l’autre en soi » (p112-113), il écrit :

« L’identité communiste est moins à préserver qu’à construire indéfiniment, donc à déconstruire indéfiniment.

De même qu’en tant qu’individu mon identité est forcément un effort pour changer en incluant l’autre en moi, dès les premiers jours de la vie, l’identité d’un parti communiste est forcément une remise en question de ce qu’il est, refus de rester identique à soi, inclusion de toute la créativité que manifeste le mouvement populaire dans ses efforts pour se libérer des exploitations et dominations qui entravent l’épanouissement des capacités individuelles. Cela passe par la pleine et inlassable reconnaissance de ce que « les autres » portent de communisme en acte. Les potentialités révolutionnaires ne sont pas toujours là où on les attend, et parfois fort loin de ceux qui se réclament de la révolution. »

Cette manière nouvelle d’évoquer l’identité est je le crois pertinente. Qu’en penses-tu ?

 

Merci de porter attention à ces 3 remarques.

 

Fraternellement.

Jean Déan

 

PS : Jean-Paul Jouary (avec qui j’ai beaucoup travaillé à Rouen) a publié au premier trimestre 2007, un ouvrage fort stimulant (et lisible) « Je vote donc je pense. La philosophie au secours de la politique. » (Editions Milan).

Je milite avec lui pour un retour de la philosophie en politique, mais nous en sommes loin.

 

Jean Déan

Membre du Comité Régional

PCF Languedoc-Roussillon

Tel : 04-67-64-24-75

jean.dean@wanadoo.fr

 

 

Ecrire un commentaire